La chapelle des Bernardines

La chapelle des Bernardines

Acquise à l’été 2018 par la Ville, la chapelle située rue des écoles fait partie du paysage rumillien. Pourtant, rares sont ceux qui connaissent son histoire…

Nous sommes en 1622. Sous l’impulsion de Saint François de Sales, évêque de Genève, un groupe de religieuses cisterciennes, avec à leur tête Louise de Ballon, s’installe à Rumilly et fonde une nouvelle congrégation : la congrégation des Bernardines, religieuses de la Divine Providence.

Elles sont accueillies à leur arrivée par monsieur de Montfalcon, qui met à leur disposition sa maison de la rue de la Draperie, aujourd’hui le n°14 rue d’Hauteville.

Cette congrégation a pour ambition de rétablir des règles de vie simples et austères, en harmonie avec la prière, l’étude et le travail. Pour pouvoir vivre selon ces obligations, elles choisissent de déménager dans une maison de l’actuelle rue Montpellaz.

Elles intentent un procès à leurs voisins

La maison a la configuration idéale pour un couvent, avec un grand verger et un jardin qui leur permettront de subvenir à leurs besoins et leur assureront l’isolement.

Pour garantir cet isolement, elles intenteront même un procès aux Frères Capucins dont le couvent jouxte leur jardin et qu’elles accuseront d’avoir surélevé pour pouvoir les observer.

Le jugement du procès obligera les Capucins à élever le mur mitoyen qui était édifié en place de la rue des écoles d’aujourd’hui.

Extrait du plan scénographique de Rumilly, 1726. Au premier plan à droite, le monastère des Bernardines ; à gauche, celui des Capucins ; le murs séparant les deux propriétés a laissé place à la rue des écoles.

Le monastère doit permettre aux religieuses d’y trouver tout ce qui leur est nécessaire, aussi bien matériellement que spirituellement. C’est pour cela qu’en 1701, elles commandent la construction d’une chapelle dotée d’un clocher et d’une sacristie à des maîtres maçons de Rumilly : Jean Lavigne, François Gonthier, Pierre Rollet et Claude François Bournens.

Cette chapelle est de style Renaissance, composée d’une seule nef sans transept (nef transversale qui donne une forme de croix à l’église). Elle mesure vingt mètres de long, huit mètres de large et sa hauteur sous voûte est de 9m30. Il faut que la sobriété de l’édifice soit propice au recueillement et que l’œil ne soit pas distrait par des ornements superflus. On n’y recherche ni le luxe, ni la prouesse architecturale. C’est également dans ce but que les vitres, dans la tradition cistercienne, étaient blanches. Le vitrail qui subsiste aujourd’hui et qui représente Saint Joseph et l’enfant Jésus a probablement été ajouté au 19ème siècle.

Cette chapelle servira de modèle pour la construction d’autres chapelles de l’ordre des Bernardines réformées qui a connu un essor important. On comptera jusqu’à 30 monastères à l’aube de la Révolution.

“Les sauveuses” de Rumilly

La vie de la congrégation des Bernardines sera rythmée par les différents grands moments de l’histoire de Rumilly et de France.

En 1630, quand la ville est assiégée par les armées du roi de France Louis XIII, la ville doit être pillée et incendiée.

Les religieuses réussissent à infléchir les assaillants, qui révoquent l’ordre d’incendier, mais pas de piller. L’ancien château, le fort du Chéran, les portes et les murs d’enceinte seront rasés, mais le courage des Bernardines sera reconnu et elles seront considérées comme les bienfaitrices de Rumilly.

 

« Siège de Rumilly – 23 mai 1630 » de Théodore Lévigne de 1873 visible dans le salon consulaire de l’hôtel de ville, témoigne de cet épisode.

Le culte leur est interdit de 1793 à 1794 par les révolutionnaires qui détruiront le clocher. Il n’y aura plus de célébration dans la Chapelle qui servira sous l’Empire d’entrepôt de grains et de fourrage et plus récemment de stock de quincaillerie.

La loi sur les associations de 1901 dissoudra officiellement la congrégation, mais trois religieuses resteront dans le monastère jusque dans les années 1930.

Sources

  • BOUVET R., Notre-Dame de l’Aumône et les ordres religieux, Ducret S.A. Rumilly, Rumilly, 2003.
  • CROISOLLET F., Histoire de Rumilly, Réédition Imprimerie Ducret S.A., Rumilly, 1992.
  • CROISOLLET F., Rumilly de A à Z, Histoire de Rumilly Tome II, Curandera, Apremont, 1988.